LES FETES ET TRADITIONS

Les madones catholiques ont remplacé les dieux grecs et romains en Sicile. Quel village n'a pas sa sainte protectrice ou son martyr conjurateur de catastrophe ?

Toujours prêts à être sortis quand un malheur collectif se profile, vénérés au moins une fois par an, suppliés souvent, idôlatrés toujours. C'est Sainte Rosalie, la guérisseuse à Palerme, Sainte-Agathe, dont le voile est sensé arrêter les laves de l'Etna, à Catane, Sainte-Lucie, qui rend la vue aux aveugles à Syracuse, Saint-Alfio, dans le village du même nom, qui ne réserve ses miracles qu'à ceux qui tombent de cheval.... La liste est longue.

Dans certaines communes, plusieurs saints sont rivaux et divisent les habitants.

Mais le plus souvent, on cléèbre le patron du village et tous ceux des alentours. A Novara di Sicilia ont fête ainsi huit saints, sans compter la Vierge et Saint-Joseph, patron de la Sicile

 

La foi avec laquelle les Siciliens adorent leurs saints est très excessive

Ainsi, parfois, on peut assister à des scènes telles que, par exemple : une femme qui se roule à terre en déchirant ses vêtements. Ce rite pourrait signifier un exutoire à la misère et cela pourrait l'en libérer ainsi que la communauté qui l'entoure

Mais attention, si un saint ne répond pas aux attentes de la population, il peut être puni et délaissé

La semaine sainte

C'est durant la semaine sainte que les fêtes siciliennes sont à leur apogée. C'est là aussi que l'on peut facilement faire le lien entre les croyances antiques et chrétiennes

Pendant les huit jours qui précèdent Pâques, les fidèles déposent sur les autels de l'orge, des pois chiches ou des lentilles, qui bientôt, vont germer et symboliser le renouveau de la nature

C'est exactement ce que faisaient les Grecs en célébrant la résurrection d'Adonis, l'amant d'Aphrodite

Quant à la "bataille de Pâques", où les démons, reconnaissables à leur masque rouge et enveloppés d'une peau de bête, accompagnés de la Mort, tout de jaune vêtue, essiaient d'empêcher Marie et Jésus de se retrouver, elle ressemble étrangement aux Lupercales romaines.

A San Fratello, ce sont encore des diables, cachés par un masque d'or, qui sont mis en scène. Ils représentent les Juifs se réjouissant de la condamnation du Christ. Pendant trois jours, jusqu'au Vendredi Saint, ils ont tous les droits et entraînent la ville dans un immense chahut

Le Jeudi Saint, les femmes portent le deuil. Certaines, même errent dans la ville, telle Marie, à la recherche de Jésus.

Le Vendredi Saint, le chemin de croix du Christ est recréé. C'est la procession des misteri, lourds tableaux constitués de statues reproduisant les scènes de la Passion. Des pénitents, habillés en noir, promènent les misteri dans toute la ville. Certains, pieds nus, se flagellent, lèchent le sol. Les femmes, en pleurs, les suivent. C'est à Trapani que cette procession est la plus impressionnante.

Le Sens de la mise en scène

Pourtant, toutes ces fêtes ne sont pas aussi douloureuses. Païennes ou chrétiennes, elles sont aussi un prétexte pour s'amuser, manger et boire, dans une grande folie populaire.

Et toujours, avec un grand sens du spectacle, comme la fête du muzzini, dans la province de Messine, où l'on célèbre, sans le savoir, l'ancien culte de Demeter avec force chants et boissons. Ou encore, le 15 août à Messine même, lors de la Vara qui commémorait autrefois le retour du Compte Ruggero, en 1086, et qui, maintenant est dédiée à la Vierge.

Les épopées chevaleresques, dans les pupi ou dans les fêtes, sont très appréciées des Siciliens qui revoient sans cesse avec plaisir les Normands bouter les Sarrasins hors de leur île.

Le masque, les déguisements sont presque toujours présents. C'est pourquoi les carnavals sont très prisés, notamment celui d'Acireale.

Fêtes des fraises à Maletto, des amiders en fleurs à Agrigente, des lauriers à Troina, vous aimerez partager ces moments de joie et d'amusement avec les Siciliens

La mattenza

La mattanza, massacre de thons, est l'une des fêtes les plus anciennes de Sicile. C'est aussi la plus cruelle. Elle se déroule principalement à Favignana, dans les Egades

En main ou juin, les pêcheurs partent accomplir ce rite. ILs disposent sur la mer des bouées, formant un rectangle d'une centaine de mètres de large et d'une dizaine de kilomètres de long.

A l'intérieur, ils jettent des filets dont les mailles vont en se resserrant et forment cinq compartiments. Le dernier est appelé camera della morte, chambre de la mort.

Le rais, le chef de la pêche surveille l'ensemble avec attention et récite des prières dans un dialecte proche de l'arabe. les pêcheurs conduisent leur bateau tout autour de la camera della morte. En chantant des cialoma, dans le même dialecte.

Les thons sont alors attirés dans les filets, qu'ils franchissent un à un. Quand ils arrivent dans la camera della morte, ils ne peuvent plus reculer : c'est alors que le rais donne le signal : les pêcheurs, toujours encouragés par des chants, remontent les filets. Lorsque les thons émergent à la surface, les hommes se jettent sur eux et les massacrent avec des harpons et des poignards. La mer des Egades n'est alors plus bleue mais rouge.

Le Folklore

L'Opéra dei Pupi :

Impossible de manquer ces marionnettes qui pendent aux étals de tous les vendeurs de rue en Sicile. Pantins guerriers, les pupi prolifèrent pour le plus grand bonheur des touristes qui trouvent un souvenir pej commun à rapporter de leur voyage.

Bien souvent, ces petites figurines, vendues aux étals ne sont que des copies des pupi.

Les authentiques sont bien plus impressionnantes. D'une hauteur pouvant aller jusqu'à 1,50 m, richement habillées de costumes précieux, fabriquées en bois de hêtre, de citronnier ou d'olivier, elles sont peintes à la main par quelques artisans.

Des fils en métal permettent aux marionnettes experts d'insuffler la vie à ces pantins qui, soudain, peuvent plier les genoux, dégainer leur épée, s'exprimer.

Autrefois, l'opéra dei pupi, était une distraction très prisée en Sicile. Sur la place du village, tous les habitants se réunissaient pour assister à une représentation à mi-chemin entre la comedia dell'arte et la chanson de geste.

Les spectacles de marionnette ont, en effet, été introduits en Sicile par les chevaliers normands.

Ainsi, Orlando (Roland), Charlemagne, Renaud, caparaçonnés dans leurs armures, luttent, depuis des siècles, contre les Sarrasins couverts d'or et de rubans

Bien sûr, invariablement, les chrétiens boutent hors de leurs terres les infidèles. Cependant, si l'issue est connue, le suspense est toujours à son comble et le public haletant.

Amour courtois, sanglantes batailles qui semblent interminables, esprit chevaleresque, les marionnettistes trouvent leur inspiration dans les aventures médiévales mais n'hésitent pas, pour donner du piquant, à mélanger les siècles. Ainsi, personne ne s'étonnera de voir Garibaldi combattre aux côtés de Charlemagne.

Si les pupi sont intimement liés au folklore sicilien, elles disparaissent hélas peu à peu. Artisans et écoles de marionnettistes se raréfient

A Palerme, la famille Cuticchio tente de faire survivre cette tradition. Dans leur boutique vous pourrez admirer les pupi véritables. A Acireate, des représentations sont régulièrement organisées.

Les carrioles

Au début du XIXè siècle, les négociants et les riches paysans peuvent enfin se permettre le luxe de délaisser le dos de leur mule pour utiliser un mode de transport plus confortable : la carriole. Mais comme en Sicile l'emphase est toujours de mise, ces nouveaux bourgeois commencèrent à décorer leur simple chariot pour en faire une voiture de fête, recouverte de peintures naïves.

A l'instar des pupi, les personnages et les exploits chevaleresques sont à l'honneur sur les carrioles.

Plus généralement, toute action héroïque et glorieuse est prétexte à une décoration.

Le propriétaire choisit son thème -

l'un des plus à la mode fut l'épopée du bandit Giulano - et commande l'oeuvre à un artisan

Des angelots, des soleils, des madones protectrices complètent la peinture. Au départ, seuls, les côtés de la carriole étaient ornés, mais, comme la surcharge était preuve de richesse, très vite, dessins et couleurs envahirent l'ensemble du char.

Les jours de fête étaient, et restent, un grand moment dans la vie des charretier. Les mules sont alors particulièrement soignées et embellies d'une multitude de pompeons de toutes les couleurs.

Aujourd'hui, ce n'est pratiquement qu'à cette occasion que vous pourrez, comme Maupassant, vous extasier sur la variété et la beauté de ces chariots si siciliens

 

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